Notfairbnb : vue imprenable sur la rue ! – Tous les internets

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Un oiseau libre

Mon désir est d’être un oiseau libre –  même si j’ai accompli des miracles entre les parois de ma cage.

Ouvre la porte, que sorte enfin l’oiseau : ses ailes déployées sont le début d’un poème qui ne restera pas inachevé.

Une nappe de brouillard a rabattu le ciel – vers la terre : c’est le moment de s’échapper. Tu crains le froid, la pluie, le gel… Tu devrais bien plus craindre l’ennui et toutes les salles d’attente qui ne demandent qu’à t’accueillir, espèce fragile.

*

C’est fait : tu es dehors. Le ciel est encore gris, mais immense. Et maintenant ?

Je suis celle que dissimule le bruit du temps

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Je suis celle que dissimule le bruit du temps. Je suis semblable à toi, n’est-ce pas ?

Je ne suis personne je suis enfermée dans la chambre dans toutes les chambres j’ai une crainte sacrée des couloirs d’hôpitaux des fleurs mauves et pourpres en céramique qui trônent absurdement sur les tombes en granit je suis la rive du fleuve merveille des merveilles une décharge pour les songes je suis le lit le limon les ligaments je mélange dans mon verre les étoiles et le sang la morphine je suis un instant éparpillé que l’on froisse et laisse tomber je suis un désir argentique une saveur sans âge une impression sépia ton visage piégé dans le miroir d’un hôtel sans étoile je suis le corset qui maintient ton dos droit et empêche tes genoux de flancher quand vient la brise du soir et que tu cherches si désespérément des yeux un mur pour te consoler et ne trouve que des trottoirs humides qui ont gardé l’empreinte de trop de pas 

Le monde est à tes pieds vois comme il brille ce serait si simple de s’allonger et d’accepter la vacuité mais tu résistes

Je suis la comptable qui t’ajoute aux pourcentages je prends ta voix pour mes sondages je regarde ce que tu regardes je suis tes doigts sur l’écran je suis la peur d’être oublié je suis l’enfant dans la cour de récréation mi-ange mi-démon démon surtout une brûlure sur la langue ta poitrine effilochée je suis celle qui te licencie qui ne connaît que tes coordonnées bancaires qui calcule les coefficients froide impersonnelle efficace je suis celle qui chuchote à ton oreille qui t’encourage te rassure un pigment pour tes blessures je suis un laser tranchant la fumée une barrière de néons la foule je suis tous les visages et la rue m’éblouit je suis la colère tes poings serrés ton cœur qui bat ta bouche sèche un frisson ta sueur et je fais le décompte de tes peurs

Je suis celle que dissimule ton propre bruit une lame de fond le ronronnement de tes poumons je suis la chambre d’hôpital qui t’attend je suis la répétition des mêmes gestes les étoiles et le sang la morphine tes yeux ouverts sur un autre espace-temps je suis la frontière de ta foi de tes désirs sacrilèges de tous les tabous inscrits dans ta chair depuis la nuit des temps je suis la fleur en céramique décolorée et renversée dans l’allée d’un cimetière fleur que personne ne ramasse même pas le jardinier qui ratisse la poussière je suis le soleil à l’horizon incandescent merveille des merveilles 

Je suis semblable à toi, n’est-ce pas ?

photographie : Johann Fournier (2006)


Traces

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Peut-être qu’il aurait fallu fuir avant que ne soit avalée l’âme jusqu’à l’os…

Une simple voix, celle de la bruine sur le noir marbré de l’asphalte, sa chanson douce qui disait : ne t’arrête pas, et cours. Emmène avec toi ce qu’il te faudra de cahiers, de couteaux et de peau à embrasser. Alors j’ai couru, comme la bruine avait dit, sauf que de la flotte, j’en avais plein les poches.

Et que je devais souvent m’arrêter sur le bord de la route pour effacer mes traces.

Mouvements 

La chair s’effondre avec la rapidité d’un fleuve en crue.

Avec le temps, l’eau et l’air sont devenus deux fluides qui m’emportent toujours plus loin du centre.

Aucune nostalgie des origines – mais nostalgie de tout ce qui aurait pu être – et n’a pas été. Nostalgie des sources aussi.

J’ai appelé à moi ce silence que, paradoxalement, j’ai toujours voulu fuir : cercle et cycle.

Un an plus tard, je suis toujours figée dans l’étonnement.